MOTOCYCLISME - MOTO GP
Quand gronde la révolution

Keystone
Valentino Rossi
Casey Stoner, champion du monde dans la catégorie reine à l'âge de 22 ans à peine, personnalise un mouvement qui rêve désormais de s'établir. Et qui, en 2008, va être renforcé par de nouveaux éléments
Jean-Claude Schertenleib - 24/12/2007
Le Matin
Il est tombé, mis en difficulté dès le premier GP de la saison (Qatar) par les coups de boutoir assénés par un jeune gars sans complexe, Casey Stoner. Celui dont tout le monde croyait qu'il ne tiendrait ce rôle que l'espace de quelques jours. Que, bien vite, ses vieux démons resurgiraient, ceux qui avaient fait de lui «Crashey» Stoner, quand ce n'était pas «Rolling» Stoner; le prince, oui, mes celui des chutes. Tout le monde s'est trompé et le roi, Valentino Rossi, ne s'en est jamais relevé.
Il s'est mis à trembler, attaqué de toutes parts dès les essais hivernaux par un manufacturier japonais, Bridgestone, dont on se disait, quand même, qu'il y avait un sérieux pas entre le coup d'éclat et la régularité nécessaire lorsqu'on joue un championnat aussi long. Ce fabricant de pneumatiques, on en était certain, allait rapidement se retrouver sur des terrains où il ne réussirait rien, où la formidable expérience accumulée par «le» grand ferait la différence. Tout le monde s'est trompé et le grand, Michelin, a dû retourner faire ses classes, pour tenter de, bientôt, se relever.
Une vraie révolution?
Ces actes révolutionnaires, ces bouleversements de la hiérarchie, ont eu lieu en l'an 7 du XXIe siècle. Qu'en restera-t-il demain, dans cinq ans, dans dix ans? Le roi tombé, Valentino Rossi, a compris qu'il devait effectuer quelques changements dans sa Cour. Ainsi, il a chassé son sulfureux homme d'affaires Gibo Badioli; ainsi, il a confié sa fortune à de vrais gestionnaires, qui ont commencé par le persuader que le mieux, pour lui, était de trouver un accord avec le fisc italien, à qui il devait une centaine de millions d'euros. Ainsi, surtout, il a osé un flirt avec les révolutionnaires, en exigeant - allant jusqu'au chantage auprès des organisateurs du championnat du monde - que Bridgestone lui fournisse à l'avenir des pneumatiques.
Alors, révolution ou simple modernisation de certaines valeurs? Réponse en 18 actes dès le 9 mars prochain.
Valentino Rossi ne veut peut-être rien entendre, mais la relève est bien là, la révolution est en marche: elle a commencé en l'an 7 de ce XXIe siècle. Détrôné par Casey Stoner, le roi déchu devra désormais aussi, s'il entend récupérer son bien, se méfier des jeunes loups avides de pouvoir que sont Randy De Puniet, Andrea Dovizioso, Dani Pedrosa et Jorge Lorenzo.
Bibendum et... les révolutionnaires
Si le roi du pilotage, Valentino Rossi, flirte dorénavant avec un des éléments de la révolution, Bridgestone, l'autre géant qui a souffert cette année, Michelin, ne s'est pas gêné pour aller fricoter avec ceux qui représentent le mieux le mouvement: les jeunes loups.
Toujours fournisseur du team officiel Honda HRC (Hayden et Pedrosa), Michelin aura l'an prochain d'autres atouts sérieux dans son jeu, avec le Français Randy De Puniet, passé chez Honda et qui, on s'en rappelle, était un des hommes les plus rapides en piste lors des cinq derniers GP, mais aussi avec deux nouveaux venus dans la catégorie reine, le double champion du monde 250 cm3 Jorge Lorenzo et son double dauphin, Andrea Dovizioso. Lorenzo chez Yamaha - dans le team officiel, mais le garage sera séparé en deux, puisque Rossi sera équipé par d'autres pneumatiques - et Dovizioso, fidèle à Honda, ont les moyens ces deux prochaines saisons de faire aussi bien que Casey Stoner en 2007.
COMMENTAIRE
La relève est de qualité
Par Jean-Claude Schertenleib
Les grands stratèges d'hier et d'aujourd'hui vous le diront: pour qu'une attaque réussisse, peu importent finalement les armes à disposition, il faut que la relève soit de qualité. Ainsi, l'Histoire est riche d'exemples de révolutions qui ont fait long feu parce que, passé l'enthousiasme véhiculé par un leader, il ne s'est trouvé plus personne en deuxième et en troisième lignes pour tenir le terrain gagné. Qu'il se compte en étendues géographiques ou en idées.
La révolution qui est en marche en sport motocycliste - elle est différente en formule 1, puisqu'il s'agit là de désigner le successeur d'un empereur parti à la retraite, Michael Schumacher - est justement prometteuse parce que derrière les fers de lance du mouvement que sont Casey Stoner et que pourrait être Dani Pedrosa, il y a des personnalités fortes en deuxième ligne - De Puniet, Lorenzo, Dovizioso, voir John Hopkins et Chris Vermeulen - et que ceux qui n'auront encore qu'un rôle d'observateurs à distance l'an prochain, puisqu'ils évolueront une année de plus en 250 cm3, ne sont pas mal non plus. Leurs noms? Vous les connaissez: Alvaro Bautistá, Mika Kallio et Thomas Lüthi.