Motocyclisme
«Oui, on peut dépasser en Moto2!»

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La Moriwaki de Thomas Lüthi est poussée par les commissaires de piste du circuit Bugatti de Mans. Le Bernois a perdu le contrôle de la roue avant dans la première chicane. Il est reparti dernier (34e) et a fait une remontée spectaculaire jusqu'à la 19e.
A défaut de marquer des points, Tom Lüthi (19e) a établi le record du nombre d'adversaires dépassés en vingt tours de circuit. Un fait d'armes qu'il aurait préféré éviter.
Jean-Claude Schertenleib - le 23 mai 2010,
Le Matin
GP de France
«Combien d'adversaires j'ai dépassés? Je ne sais pas, je n'ai pas eu le temps de compter.» On a donc fait le travail pour Thomas Lüthi. Résultat: onze dépassements en vingt tours, nouveau record dans cette nouvelle catégorie où tout le monde dispose du même moteur. Donc de la même puissance. Mais voilà, Tom aurait préféré ne jamais écrire cette ligne sous son nom dans le grand livre des statistiques: «Parce que, si tout s'était déroulé normalement, j'aurais marqué des points, même une dizaine de points... sans avoir à jouer autant avec les autres à chaque freinage.»
Mais voilà, tout ne s'est pas déroulé normalement au Mans: «Et, pour tenter de comprendre, il faut revenir à la première journée d'essais, celle de vendredi après-midi, lors de laquelle j'ai immédiatement rencontré des soucis avec le train avant de ma Moriwaki. Pour désigner le problème, on parle de «chattering», ce sont des vibrations plus ou moins importantes, mais qui interdisent de risquer certaines choses. Et, là, il faut être réaliste: même si je n'avais pas commis une erreur au sixième tour, je ne pouvais pas espérer beaucoup mieux qu'une cinquième place aujourd'hui.»
Une chute, une
Eh oui, Tom a commis une erreur. «A la première chicane, j'ai perdu le contrôle de la roue avant. Par bonheur, la chute n'est pas survenue à grande vitesse et ma moto n'a pas souffert. J'ai donc pu reprendre la course, pour accumuler des expériences, pour essayer de comprendre.» Pour passer de la 37e et dernière place à la 19e à l'arrivée. Et pour battre ce fameux record. «Oui, on peut dépasser en Moto2, je l'ai prouvé et je me suis bien amusé, une fois la déception digérée. Mais cela ne me rapporte rien, je perds trois places au championnat, il faudra donc continuer de travailler très fort.»
Car c'est aussi la leçon à tirer de ce troisième GP Moto2 de l'histoire: dans un peloton où les écarts sont minimes, où le niveau est si équilibré, chaque grain de sable peut immédiatement provoquer une petite catastrophe. Tom en a été le témoin direct ce week-end.
Rossi est tombé sur un os: Jorge Lorenzo
La question a fusé, venue d'un confrère espagnol. Elle était destinée à Valentino Rossi (médaillon), sous le sourire (complice?) de Jorge Lorenzo, formidable vainqueur du jour: «Valentino, ne penses-tu pas que, pour la première fois de ta carrière, tu as en face de toi un adversaire aussi solide que toi sur le plan psychique?» Le roi de la moto, poli comme toujours, a immédiatement puisé dans son large registre du parler politiquement correct: «Oh, vous savez, il m'est très difficile de répondre à une telle question. Mais il est vrai que Jorge est actuellement très fort; ce week-end, il était même un peu plus fort que moi, il n'y a rien à ajouter.»
Rien à ajouter? Mais c'est un peu court, jeune homme. Car on pourrait dire bien des choses, en somme. On pourrait notamment dire qu'à force de taquiner le maître Lorenzo pourrait bien se brûler les doigts. Hier, pour célébrer sa course parfaite, le fier Ibère s'est arrêté sur le bord du circuit, au pied d'un des écrans géants installés dans l'enceinte magique, et il s'est assis sur un fauteuil de plage pour pouvoir confortablement revoir les images fortes de sa démonstration (grande photo).
Qui a compris qu'il est cette fois tombé sur un véritable «os». Et qui doit déjà préparer son retour de service. Sur la piste, mais aussi en coulisses. Et ça tombe bien, car le prochain GP au programme est celui d'Italie. Chez Rossi, entre les collines toscanes du Mugello. On devrait y passer de bons moments...

Record inutile, c'est dans les points qu'il faut être